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La kinésithérapie perd un visionnaire – Kiné Actualité N°1277

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Le fondateur de l’Ecole du Dos est décédé le 17 avril. Atypique, jamais à cours d’idées et de projets, ce bâtisseur est toujours resté profondément attaché à son cœur de métier : la kinésithérapie.

Une figure de la kinésithérapie”, “un tempérament de bâtisseur”, “un pionnier”…

Depuis l’annonce du décès brutal  d’André Petit, à 66 ans, le 17 avril, les éloges se multiplient dans le monde de la kinésithérapie. “La kinésithérapie est en deuil d’un de ses plus fervents défenseurs”, qui a par ailleurs su faire naître “une kinésithérapie moderne qui n’avait peur ni de l’innovation technologique, ni du marketing”, résumait Philippe Goethals, directeur du salon Rééduca (Reed Expo), lui rendant hommage sur son site Internet. C’est sans doute ce qu’il faut retenir de cet homme qui aura marqué l’histoire de sa profession. Masseur-kinésithérapeute, ostéopathe, titulaire d’un DSU de rééducation obtenu à Paris XII (à une époque où très peu de kinésithérapeutes se lançaient dans ce type de formations), il s’était également formé en kinésithérapie analytique (méthode Sohier), en médecine chinoise, sophrologie, chirosomatothérapie, PNL* … Il était réputé pour son inextinguible soif de connaissances et s’est construit, au fil des années, une carrière “atypique mais profondément ancrée dans notre cœur de métier”, selon Françoise Devaud, une consœur avec qui il a débuté en tant que libéral.

*Programmation neuro-linguistique.

Kinésithérapeute avant tout

Responsable pendant 23 ans (1973-1995) d’un service de rééducation dans une clinique spécialisée en chirurgie vertébrale et brûlologie, il était surtout connu pour avoir fondé, en 1982, la fameuse Ecole du Dos, “cabinet de kinésithérapie qui pratique les techniques de thérapies vertébrales et de prévention des TMS et troubles cardio-vasculaires labellisées Mail14®”. Il a depuis fait des dizaines d’émules en France ainsi qu’en Belgique, Suisse, Luxembourg… Dernièrement, il avait mis en place un centre de formation Ecole du Dos permanent à La Rochelle. Avec quelques confrères, dans les années 1980-1990, il a mis sur pied en Charente-Maritime bon nombre de formations : méthode Sohier, thérapie manuelle, acupuncture, etc.

Il était également responsable du centre d’évaluation clinique LPG® depuis 1992, et président du Cosire (Comité scientifique international de recherche). “Plus qu’un consultant, c’était un ami pour beaucoup de gens chez nous”, assure Christian Gagnière, directeur marketing de la société. “C’était un immense technicien du corps humain mais au-delà de ça, il était profondément humaniste et c’est cela qui le guidait dans son travail. ” Fidèle à la FFMKR pendant l’essentiel de sa carrière, André Petit a aussi présidé le syndicat de Charente-Maritime dans les années 1970.

Un visionnaire

Mais surtout, il a beaucoup apporté à la kinésithérapie et “contribué à l’avènement d’une autre vision du métier. Il a inventé le concept de kinésithérapie libérale non remboursée (il s’est déconventionné très vite) au sein d’un cabinet de rééducation”, explique Françoise Devaud. Quoi qu’aient pu en dire ses détracteurs, “il croyait profondément en une profession de masseur-kinésithérapeute libéral et autonome, et il prônait une kinésithérapie pas chère, accessible au plus grand nombre. Autrement dit : l’exploitation de notre décret de compétence de A à Z”, insiste-t-elle.

Très exigeant, perfectionniste, ambitieux, “il se lançait dans tous ses projets sans retenue.” Officiellement retraité, il continuait son activité et élaborait de nouveaux chantiers, “mû par sa passion pour son métier.”

Ses obsèques ont été célébrées le 21 avril à La Rochelle.

La prévention est en deuil

Hommage à André Petit

Dans la nuit du 17 avril, André Petit nous a quittés brutalement et nous sommes encore sous le coup de la surprise et de l’émotion. Né le 9 janvier 1946 à Majunga (Madagascar), il fit ses humanités au Lycée Eugène Fromentin à La Rochelle, ville où il s’installa comme kinésithérapeute quelques années plus tard, après de brillantes études à l’École des enfants malades. Élève assidu de Raymond Sohier, kinésithérapeute analytique expérimenté, il s’est intéressé très tôt à la prévention. Créateur de l’Ecole du Dos, il proposait des soins de qualité et une éducation ou une rééducation pointues, plus particulièrement vertébrale et sur ballon de Klein-Vogelbach. Ces activités gymniques jubilatoires et novatrices “dans les trois dimensions de l’espace” comme il aimait à le rappeler, en référence à Sohier, s’effectuaient dans un cabinet qu’il avait voulu des plus accueillants. Certains d’entre nous se souviennent avec émotion de son film, présenté pour la première fois lors du 3e Congrès européen de kinésithérapie analytique à Bâle, en mars 1993, qui faisait découvrir son merveilleux univers de travail. Dans les années 1990, il ouvrait son école aux kinésithérapeutes qui sont venus nombreux suivre sa formation. Un réseau des Ecoles du Dos de prévention en secteur libéral, s’est ainsi constitué. En 2010, lors de notre 5e  congrès à Saint-Brieuc, au cours duquel ce réseau était fortement représenté, il nous a fait l’honneur d’exposer le bilan de 30 années de recherche et d’actions au service de la prévention.

Il est aussi connu pour d’autres recherches car, inventif, il a participé à la création et à l’évaluation de machines diverses avec autant de professionnalisme et d’enthousiasme.

C’était un homme de mouvement, de réflexion, pragmatique, généreux et chaleureux. Il avait aussi une certaine humilité. Après une réussite professionnelle et commerciale qui a dépassé le cadre hexagonal, lors de ce même 5e congrès, il nous avouait avoir été surpris par sa réussite.

Nous l’avions rencontré aux Assises internationales du dos à Grenoble en 1990 et retrouvé à nos côtés au moment où nous bâtissions le Comité national de prévention en kinésithérapie (CNPK) en 1993. À cette époque, il faut dire que ce projet l’inquiétait un peu. Il craignait la perte de l’esprit libéral et de la maîtrise kinésithérapique sur la prévention. Et puis nous avions mis la priorité sur le développement des actions de prévention à l’extérieur de nos cabinets et lui sur celui de la prévention en cabinet libéral. Mais nous ne pouvions être que complémentaires car nous étions en harmonie sur le fond. Aussi, après quelques années d’éloignement, non sans échanges amicaux, nous nous sommes fortement rapprochés. Des projets communs étaient en cours… André Petit va beaucoup nous manquer et manquer à la profession.

Nous présentons à Béatrice, son épouse, à ses enfants, sa famille, ses amis et aux membres du réseau Mail14®, nos sincères condoléances et les assurons de notre plus profonde sympathie en ces moments si difficiles.

POUR LE CNPK ET LE RÉSEAU CDPK, MICHEL DE SAINT-RAPT, PRÉSIDENT D’HONNEUR